Vinyles
Cellule X / « multiplications » organisé par Jean-Michel Ponty & Hervé Trioreau, a proposé un workshop à Jérôme Poret (du 10 au 14 mars 2008) permettant la réalisation, par chaque étudiant (phase Programme et phase Projet), d’un disque vinyle prenant en compte les paramètres historiques, artistiques et techniques du disque, ainsi qu’une réflexion sur la mise en relation son/image (disque vinyle/pochette).
Participants : Pierre Aubert, Vincent Cadix, Cho Yiu Cheng, Gaëlle Cintré, Lorraine De Bartillat, Jennifer Dujardin, Joffrey Faroux, Sébastien Gairaud, Anna Geneste, Adrien Guillet, Camille Jauny, Aymeric Larvido, Marine Le Flour, Camille Le Houezec, Maud Lemaître, Marco Pillitteri, Jocelyn Villemont, Cheng Zhang.
L’aura, ou la caisse de disques
[”] Le DJ trimballe ses disques à travers les clubs dans des boîtes métalliques et des pochettes carrées. ses mains en sont devenues calleuses, son dos tordu. Le DJ porte toujours ses disques lui-même, il ne les quitte jamais des yeux ; si un type s’approche d’un peu trop près, le DJ devient nerveux. Le DJ aime ses disques, il ne pourrait vivre sans eux. Ils sont pour lui à la fois l’objet d’une passion et une base de travail. Les disques sont des stocks d’information et d’histoire qui maintiennent en vie des mélodies et des sons passés. C’est bien ce que Kittler pressentait déjà lorsqu’il évoquait l’immortalité acquise par une culture au moyen de sa retranscription. Les archives sonores humaines s’étendent du « Huloo » d’Edison jusqu’au dernier album de New Order. Depuis juillet 1877, les sons peuvent, lorsqu’ils sont bien conservés, être sauvés du néant et rejoindre l’éternité. Les notes avaient jusqu’alors été le seul moyen de reproduire la musique - on pouvait les rejouer. Avec l’enregistrement immédiat des sons, inauguré par Edison, il devenait possible de conserver et de repasser indéfiniment le son d’origine. Au moment où Walter Benjamin déplorait la perte de l’aura due à la reproductibilité de l’art, c’est-à-dire la disparition du Hic et du Nunc de l’œuvre d’art, c’est la reproduction même de la musique qui semblait acquérir le pouvoir de faire ressurgir cette même aura, grâce au perfectionnement croissant des techniques d’enregistrement. La prise en compte quasi exclusive du visuel conduisit logiquement Benjamin à faire de la dévalorisation de l’ici et du maintenant un problème central dès lors que le développement des techniques de l’imprimerie, de la photographie et du film relativisait la tâche représentative de l’art. Le réalisme entendu comme une copie aussi minutieuse que possible de la réalité était obsolète, et chaque art allait désormais concentrer son travail sur les possibilités que lui offraient son matériau et son médium spécifiques. cette auto-réflexivité, suscitée par les nouveaux modes de mémorisation, est devenue depuis lors l’un des critères majeurs de l’art moderne [”]
